samedi 26 octobre 2019

LOMAX PAR FRANTZ DUCHAZEAU, CHEZ DARGAUD 2014 (NicoTag)




Lomax. Drôle de nom.
C'est Alan Lomax, et son père John, et d'autres. Deux personnages tout à fait réels mis en dessin par Frantz Duchazeau. Et surtout deux personnes essentielles, des «personnes sans qui...».
On connaît Edward Curtis et son œuvre photographique, un monde perdu. La famille Lomax, c'est la musique. Les Lomax ont parcourus les USA, du matériel entassé dans le coffre de la Ford, missionnés par la Bibliothèque du Congrès, ils ont enregistrés un nombre incroyable de musiciens traditionnels. Le père a commencé en 1910 avec les cow-boys ; puis avec Alan en 1933, ils sont partis vers le sud à la rencontre des bluesmen. C'est grâce à eux que ce blues des origines brille toujours au firmament.


Le dessin noir et blanc de Frantz Duchazeau : ses personnages aux yeux toujours très expressifs ont des allures fantomatiques, des pantins, comme si la case tremblait à cause de leurs mouvements désarticulés. Les ombres ont un grand rôle, elles rendent parfois le dessin comme négatif photographique, et renforcent cet aspect mystérieux.
L'histoire racontée dans Lomax débute en 1933 dans le sud profond, en pleine ségrégation. Deux blancs qui cherchent des musiciens noirs c'est louche dans ces coins reculés, arriérés.
On assiste à des rencontres, réelles, entre les Lomax et des musiciens, parfois passés à la postérité comme Guitar Slim, un débutant dans le livre, ou Son House, surpris de voir des blancs lui parler poliment de musique et lui proposer un enregistrement.
L'auteur nous dessine sur quatre pages la chanson «Staggolee» (ou Stagger Lee, ou Stack'O Lee), repris par un grand nombre de musiciens, tels que Louis Armstrong, W.C.Handy, Bob Dylan, Nick Cave, les Black Keys et brillamment racontée et désossée par Greil Marcus dans Mistery Train.
Les Lomax multiplient les problèmes avec les propriétaires de champs de coton et avec les polices locales, tous magistralement portraiturés dans leur laideur par Frantz Duchazeau.
La  rencontre avec Leadbelly se passe en prison, les Lomax ont eu un renseignement sur cet incontournable bluesman, chanteur et guitariste à douze cordes. Grâce à eux Leadbelly est libéré et enregistrera des centaines de morceaux. A ce jour son inventaire est toujours en cours.
Ce n'est pas dans le livre,mais important pour l'histoire du rock, ce sont les Lomax qui ont convaincu Muddy Waters de se lancer dans une carrière professionnelle.
Avec une grande économie de moyen, encre noire, blanc des feuilles, ombres, Frantz Duchazeau nous raconte l'histoire des noirs ruraux, des prisonniers, des blancs échappés de romans de Faulkner. Il n'en dessine jamais trop, il suggère, c'est à nous de comprendre.  

John, le père, décède en 1948. A cause du maccarthysme, Alan vient en Europe continuer son œuvre en enregistrant différents folklores : espagnols, irlandais, etc. A son retour en 1959, il devient producteur, manager de nombreux bluesmen, dont Leadbelly, Sonny Boy Williamson, et d'autres. Il sort un grand nombre de livres, essais de musicologie, recueils de chansons, mémoires.
Il existe des dizaines de CD reprenant les travaux des Lomax, en Amérique et ailleurs, publiés sous le nom d'Alan Lomax Collection.
En français, il existe une édition des mémoires d'Alan Lomax, Le pays où naquit le blues, 600 pages avec un CD, publié en 2012, et traduite par Jacques Vassal, un connaisseur, un passeur.
Un documentaire par Rogier Kappers, Lomax The Songhunter existe en DVD.
Bess Lomax Hawes, fille de John et sœur d'Alan, a aussi contribué à l'histoire musicale, en enseignant la musique, en jouant sur quelques enregistrements avec Pete Seeger, Woody Guthrie, en se produisant sur scène.  John Lomax Jr, frère d'Alan et Bess, a lui aussi participé au travail d'enregistrement et de classement.

La préface de Lomax est signée Sébastien Danchin, musicien, producteur, biographe, encyclopédiste, journaliste, programmateur de concerts et de festivals, parmi d'autres activités en rapport avec la musique en général, et le blues en particulier. Une pointure.
Frantz Duchazeau est l'auteur d'une bonne quinzaine de bandes dessinées. Dont Meteor Slim, histoire imaginaire d'un bluesman des années 30, une histoire à la Robert Johnson. Dans Blackface, il raconte la vie d'un danseur unijambiste noir, roi du banjo, à la fin du XIXème dans le milieu des Minstrels Shows. Avec La Main Heureuse, album plus ou moins autobiographique, il met en scène deux fans de la Mano Negra dans l'Angoulême des années 90.
Enfin, dans Le Diable Amoureux il s'amuse avec Georges Méliès, un autre pionnier.

Un petit documentaire en anglais qui présente le travail des Lomax. Quelques images d'archives où on les voit enregistrer.

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